Bonjour à tous,
Rigolot cette étude organologique et éthimologique du terme luthier

Oui la définition comme a pu être mainte fois citée, c'est une sorte de docteur spécialiste dans une pathologie précise: instruments en bois et à cordes(famille des cordes frottées/quatuor ou famille des cordes pincées/guitares...) dans mon cas c'est la famille des guiternes et autres "boites à camembert avec un manche au bout". En 2011, un luthier est me semble t il un simple artisan, certes pointu, qui essaie tous les jours de répondre à la demande du musicien, de lier une passion dévorante pour l'instrument, son savoir faire(chercheur de sonorité, techniques du bois, incrustations, vernis... ) et le plus dur des contraintes économiques, cela 26heures par jour, rires... C'est un sacerdoce, je ne me vois pas capable de faire autre chose de ma vie, je dis souvent que c'est le métier qui m'a choisit, j'avais la même envie à 15ans, je mange guitare matin midi et soir, en rêve la nuit, aime la partager, toujours mieux la découvrir...je l'adore, la boude, puis l'embrasse... bref c'est un peu une drogue.
Le quotidien est la fabrication, beaucoup de restaurations et réparations(j'étais pas loin de 300 répar cette année)... et une restau peut me prendre autant de temps qu'une fabrication, parfois 200heures ! Chaque projet est un challenge, un renouveau, une remise en question.
Je répare et règle tout type de guitare, chères ou pas chères, car le but est simplement de se faire plaisir, j'adore voir un môme avec les yeux tout grand, emplis d'envie, qui est ravi de récupérer sa première guitare qui sonne 10fois mieux et qui prendra des heures de plaisir... le but du luthier est aussi d'éveiller, sensibiliser le musicien à son instrument, de lui simplifier la vie par un simple réglage de confort de jeu, le musicien passe des centaines d'heures sans parfois réellement la comprendre... et tout ça souvent pour pas plus d'une trentaine d'euros !
Chaque luthier est différent, en fonction de son parcours, d'une affinité pour une marque(j'ai été renversé émotionnellement par la sonorité d'une Martin 00 de 1931), par les techniques qu'on affectionne(outils ou mains ou machines), son égard ou pas envers les maîtres du passé(les pionniers)... et surtout de sa personnalité(on laisse beaucoup de soi dans un instrument: moments heureux, moments malheureux), je trouve que ça se reflète tout de suite dans une guitare : "montre moi ta guitare et je te dirai qui tu es"

... voilà tout ça donne un luthier unique !
J'ai eu la chance d'apprendre avec un grand maître anglais: Peter Barton, très généreux, qui m'a transmis sans modération ce qu'on lui avait transmis: plusieurs manières de travailler(selon les écoles: à l'espagnole, à la Française, à l'anglaise...) bref une ouverture sur le métier, au monde, les cultures, une "éthique de la vie"(sa place ds le monde, créer...) et il a su faire éveiller en moi la curiosité, la soif de ne pas compter ses heures (au grand désespoir de ma future épouse) et d'aimer le travail bien fait... bref j'appelle ça l'école de la vie ! Je lui doit beaucoup, un repère important dans ma vie, et j'essaie de retransmettre ce qu'il m'a offert ( je suis sur que bcp de gens se reconnaitront, dans n'importe quelle matière, il y a un modèle qui nous a impreigné, inspiré )!!!
Quand je me suis lancé dans la lutherie il y a20ans, en France on ne parlait pas souvent de ce mot "luthier", ou de la profession, aucun bouquin en Français, pas d'accès à internet... bref on entendait parler de la réputation le luthier de son département(par les musiciens de sa région), on prenait son téléphone et avec la voix tremblottante on appelait l'expert, on s'excusait 100fois platement de le déranger et de lui prendre de son précieux temps, on osait à peine lui dire que l'on prétendait à entrer dans le métier, on essayait de lui glisser et prouver son intérêt pour la guitare, de lui montrer que l'on s'était documenté sur le sujet, qu'on avait tenté de faire sa propre guitare dans son garage... avec tous ses défauts, et parfois le "bon homme" était réceptif, il se passait quelque chose, on était sur son nuage, Shooté par une rencontre et l'échange, j'ai du en rencontrer 3artisans luthiers de cette trempe dans ma vie (Peter Barton, Alain Quéguiner, François Guidon)!
Ensuite, enivré par la passion , le métier, il faut passer au concret, faire ses premières guitares, acheter ses premiers outils (aves ses ptits sous), bosser et acheter une fortune sa première touche en ébène, commander une scie à frettes aux US commandées par lettre postale... ça mettait des plombes à arriver ! Quelques guiternes en mains on allait les présenter à des musiciens, à des pros, à un luthier ... et on prenait des critiques et il fallait recommencer... améliorer... Puis on se dit on va aller apprendre le métier "correctement", comme toute autre matière, la lutherie s'apprend dans des écoles, des universités, j'ai eu à nouveau la encore la chance de partir l'étudier, qu'on me soutienne dans mes projets(en pensées et financièrement: ma mère, mon père et une tante qui investissait dans l'humain ; ))) ) je suis parti loin de la famille des amis pendant 5ans en Angleterre(Leeds College of Music et la London Guildhall University).
Rentré en France, j'ai tapé aux portes des luthiers pour pouvoir prétendre à étudier auprès d'eux, même pas forcément être l'employé, mais apprenti, mais je me suis pris plus des remarques du genre: "y'a pas de place pour les jeunes, c'est un boulot sans avenir, on ne peut pas former les jeunes..." bref chien fou que j'étais j'ai crée mon atelier en 2002. J'ai fait le tour de France, des expos toutes ces années, ai présenté mon boulot, me suis mis à nu, ai eu la chance que de bons musiciens me tendent la main, écoutent mes guitares et les jouent, me confient du travail(François Sciortino, Corbier, Nicolas Peyrac, Bruno Mursic, Eric Paque, Moriarty, Thomas Dutronc, Marcel et son Orchestre, Ours/fils Souchon, Pierre Sangra/Thomas Fersen... ) voila ma religion, c'est beaucoup de travail et les rencontres... sans les autres on est peu, voir rien.
Quoi d'autre... il faut exister...toujours mériter d'être la, se faire connaître... j'ai connu 4belles années d'aventures de rédaction dans la presse spécialisée: pour Guitarist magazine, Guitarist Acoustic, Guitare Classique, Guitare unppluged ... grosse mécanique où il faut assurer, aucune erreur n'est permise... j'ai formé quelques personnes, ce que mon Maître Peter m'avait confié était à confier à un autre... bref tout cela, le boulot ne change pas... il faut aller au charbond, fabriquer, faire des copeaux, réparer... et tenir dans la durée... à la retraite on pourra se dire, c'était donc ça être luthier, j'ai fait honneur au métier

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Il y a t il des bons luthiers, des mauvais luthiers, des usurpateurs... je dirai comme dans toute profession, société, des gens s'inventent des vies, des carrières... certains se suffisent du minimum, certains sont boulimiques de leur taf... l'important est de voir ce qu'ils font de leurs mains... renseignez vous bien sur l'expérience de l'artisan.
Benoit de Bretagne