Les Ovnis de nos goûts musicaux.
Posté : jeu. 19 mai 2011 12:53
je propose ici que l'on parle des artistes un peu ovnis dans nos gouts musicaux. En théorie, on es guitaristes donc attirés par la musique Folk ou rock. Mais je suis certain que parmi nous, il y a des gens qui aiment un artiste un peu "à part", genre le Métalleux qui aime Britney Spears ou le folkeux qui aimerait patrick sebastien ou Johnny Hallyday.
Une seule condition : Les gouts et les couleurs, ca ne se discute pas, donc on donne son avis, mais dans le respect de l'autre et sans injure genre "Oh le nul, il aime les Gipsy kings".
Je commence avec un de mes Ovnis : Michel Sardou
Je sens déjà les railleries, les moqueries, etc... Mais lisez avant.
Comment ca m'est venu.
Il parait que tout petit, je pleurais dans la voiture de mon grand père et que la solution pour me faire taire fut de mettre la seule cassette présente dans la voiture, à savoir Michel Sardou. J'ai très bien vécu celà jusque mes 13-14 ans. A cette époque, une de mes profs, ancienne militante anti-Sardou m'avait dit "Sardou est un facho, un macho, homophobe et raciste".
Devant cette accusation, je me suis renseigné, j'ai voulu savoir pourquoi le nom de Sardou faisait tellement hurler certaines personnes. Le résultat est que, bien que très éloigné de mon univers musical, j'ai appris à aimer cet artiste.
Les ricains, mods and rockers, Monsieur le Président de France et J'habite en France.
Une des premières chansons à scandale de Sardou, c'est certainement "Les ricains". Si les ricains n'étaient pas là, nous serions tous en Germanie, dit-il. C'est vrai qu'avec nos yeux de 2011, chanter une chanson en hommage aux Soldats américains peut faire jaser. Mais replacée dans son contexte de l'époque, elle correspond à une partie de l'opinion française de l'époque, à savoir la fin des années 60. A cette époque en France, il y a les jeunes des barricades qui veulent faire la révolution et qui hurlent "paix au Vietnam" en injuriant les soldats américains et cette chanson leur répond, par la voix de ceux plus âgés qui ont connu la libération et qui considèrent les soldats américains comme leurs libérateurs.
Elle est à mettre en relation avec Monsieur Le président de France, chanson dans laquelle Michel Sardou se met dans la peau d'un Américain qui écrit au Général De Gaulle en lui disant que vingt ans plus tôt, son père est mort en libérant la France, qu'il était fier de raconter qu'il était mort en combattant. La chanson se termine par " du côté d'Avranches, une croix blanche porte mon nom. Rappelez le, de temps en temps". Une fois replacée dans son contexte, la chanson prend un autre sens car c'est à cette époque de De Gaulle tient tête aux Américains et sort de l'OTAN.
Mods and rockers parle de Londres, du Swinging London des années 60. Je ne connaissais rien à tout celà et cette chanson m'a amené à me renseigner sur qui étaient les mods et rockers. Et voilà comment j'ai découvert les Yardbirds, Kinks et les Who. Passage anecdotique.
Enfin, j'habite en France est une chanson qui parle des stéréotypes des français. C'est amusant car aux USA, vers 2002-2003, j'ai vu circuler des mails qui, en réaction à l'opposition à la guerre en Irak étaient assez acides envers la France. En morceaux choisis, les américains disaient "Les français ignorent le déodorant sous les bras, sont sans cesse bourrés avec leur vin rouge, leur nourriture pue et n'espérez pas trouver un magasin ouvert vu que chez eux, un jour sur deux est un jour férié. Cette chanson de 1970 est un peu la réponse anticipée à ce genre de stéréotypes. En gros, il dit "Eh non, en France, on se ballade pas bourrés du soir au matin".
Peine de mort, violence et colonialisme.
Trois chansons qui ont choqué sont sorties dans les années 70. Je suis pour, Les villes de solitude et Le temps des Colonies. Dans ces trois chansons, Sardou fait une figure littéraire en parlant à la première personne mais ne donnant pas son opinion, mais celle d'un personnage dont il décide d'entrer dans les bottes.
Je suis pour est une chanson qui fut écrite peu de temps après un fait divers, celui d'un tueur d'enfants. Sardou se met dans la peu d'un père, dont l'enfant a été tué et la chanson peut se résumer par cette phrase "Rien ne changera, ni les psychologues ni rien, tu as tué mon enfant, je veux ta mort, je veux la vengence.
D'abord, l'album est sorti en 1976, époque où la peine de mort était encore appliquée et sachez qu'en 1981, quand la peine de mort fut supprimée, la majorité des Français était contre ce projet, donc une majorité de Français favorables à la peine de mort. Si cela fait de Sardou un facho, vous avez une chance sur deux d'être d'une famille de fachos également. Toujours replacer la chanson dans son contexte de l'époque.
Les villes de solitude a été une des chansons qui a fait naître les mouvements Anti-Sardou. A cette époque, énormément de concerts étaient perturbés par des manifestants et même des alertes à la bombe. Pourtant, les villes de solitude est une chanson assez prémonitoire sur le sentiment de solitude présent dans les grandes villes. La phrase qui met le feu au poudres est "J'ai envie de violer des femmes". Encore une fois, le personnage qui chante parle de cette solitude affective et de l'individualisme qui se développe dans les grandes villes.
Enfin, le temps des colonies, perçue comme une chanson raciste et colonialiste est simplement une chanson dans laquelle Sardou campe un personnage, un ancien qui a fait "les colonies" et qui, au bar du coin, raconte comment c'était, quand il tuait des panthères et avait plein de serviteurs noirs et quatre filles dans son lit. Encore une fois, un jeu d'acteur.
Un Sardou contradictoire ?
Pour moi, accuser Sardou de racisme, d'homophobie et autres, c'est comme juger un acteur pour les rôles qu'il aurait interprété. Accusons-nous Anthony Hopkins d'être un serial killer cannibale, Bruno Ganz d'être un nazi ou encore Hugh Laurie d'être désagréable et manipulateur.
Car dans sa discographie, si on accuse Sardou d'une chose, il existe une autre chanson qui permet d'affirmer le contraire.
Si vous pensez que :
Sardou est homophobe parce que vous avez écouté le Rire du Sergent, écoutez "Le privilège";
Sardou est raciste parce que vous avez écouté Le temps des colonies, écoutez Musulmanes;
Parmi les chansons très bien écrites et parlant de cas historiques, on peut également citer Vladimir Illitch, chanson dans laquelle il interpelle Lenine par un "Toi qui avait rêvé l'égalité des hommes, combien d'années faut-il pour gagner quatre sous quand on connaît le prix qu'on met dans une bombe". Je pourrais en citer plein d'autres.
Enfin, si j'ai écrit tout celà, c'est parce qu'à chaque fois que je parle de Sardou, on me sort souvent les arguments du facho, raciste, blabla. Or, on a le droit de ne pas aimer un artiste, mais l'accuser de tous les maux possibles pour justifier, non pas son intérêt mais une forme de haine n'est pas selon moi une démarche saine.
Une seule condition : Les gouts et les couleurs, ca ne se discute pas, donc on donne son avis, mais dans le respect de l'autre et sans injure genre "Oh le nul, il aime les Gipsy kings".
Je commence avec un de mes Ovnis : Michel Sardou
Je sens déjà les railleries, les moqueries, etc... Mais lisez avant.
Comment ca m'est venu.
Il parait que tout petit, je pleurais dans la voiture de mon grand père et que la solution pour me faire taire fut de mettre la seule cassette présente dans la voiture, à savoir Michel Sardou. J'ai très bien vécu celà jusque mes 13-14 ans. A cette époque, une de mes profs, ancienne militante anti-Sardou m'avait dit "Sardou est un facho, un macho, homophobe et raciste".
Devant cette accusation, je me suis renseigné, j'ai voulu savoir pourquoi le nom de Sardou faisait tellement hurler certaines personnes. Le résultat est que, bien que très éloigné de mon univers musical, j'ai appris à aimer cet artiste.
Les ricains, mods and rockers, Monsieur le Président de France et J'habite en France.
Une des premières chansons à scandale de Sardou, c'est certainement "Les ricains". Si les ricains n'étaient pas là, nous serions tous en Germanie, dit-il. C'est vrai qu'avec nos yeux de 2011, chanter une chanson en hommage aux Soldats américains peut faire jaser. Mais replacée dans son contexte de l'époque, elle correspond à une partie de l'opinion française de l'époque, à savoir la fin des années 60. A cette époque en France, il y a les jeunes des barricades qui veulent faire la révolution et qui hurlent "paix au Vietnam" en injuriant les soldats américains et cette chanson leur répond, par la voix de ceux plus âgés qui ont connu la libération et qui considèrent les soldats américains comme leurs libérateurs.
Elle est à mettre en relation avec Monsieur Le président de France, chanson dans laquelle Michel Sardou se met dans la peau d'un Américain qui écrit au Général De Gaulle en lui disant que vingt ans plus tôt, son père est mort en libérant la France, qu'il était fier de raconter qu'il était mort en combattant. La chanson se termine par " du côté d'Avranches, une croix blanche porte mon nom. Rappelez le, de temps en temps". Une fois replacée dans son contexte, la chanson prend un autre sens car c'est à cette époque de De Gaulle tient tête aux Américains et sort de l'OTAN.
Mods and rockers parle de Londres, du Swinging London des années 60. Je ne connaissais rien à tout celà et cette chanson m'a amené à me renseigner sur qui étaient les mods et rockers. Et voilà comment j'ai découvert les Yardbirds, Kinks et les Who. Passage anecdotique.
Enfin, j'habite en France est une chanson qui parle des stéréotypes des français. C'est amusant car aux USA, vers 2002-2003, j'ai vu circuler des mails qui, en réaction à l'opposition à la guerre en Irak étaient assez acides envers la France. En morceaux choisis, les américains disaient "Les français ignorent le déodorant sous les bras, sont sans cesse bourrés avec leur vin rouge, leur nourriture pue et n'espérez pas trouver un magasin ouvert vu que chez eux, un jour sur deux est un jour férié. Cette chanson de 1970 est un peu la réponse anticipée à ce genre de stéréotypes. En gros, il dit "Eh non, en France, on se ballade pas bourrés du soir au matin".
Peine de mort, violence et colonialisme.
Trois chansons qui ont choqué sont sorties dans les années 70. Je suis pour, Les villes de solitude et Le temps des Colonies. Dans ces trois chansons, Sardou fait une figure littéraire en parlant à la première personne mais ne donnant pas son opinion, mais celle d'un personnage dont il décide d'entrer dans les bottes.
Je suis pour est une chanson qui fut écrite peu de temps après un fait divers, celui d'un tueur d'enfants. Sardou se met dans la peu d'un père, dont l'enfant a été tué et la chanson peut se résumer par cette phrase "Rien ne changera, ni les psychologues ni rien, tu as tué mon enfant, je veux ta mort, je veux la vengence.
D'abord, l'album est sorti en 1976, époque où la peine de mort était encore appliquée et sachez qu'en 1981, quand la peine de mort fut supprimée, la majorité des Français était contre ce projet, donc une majorité de Français favorables à la peine de mort. Si cela fait de Sardou un facho, vous avez une chance sur deux d'être d'une famille de fachos également. Toujours replacer la chanson dans son contexte de l'époque.
Les villes de solitude a été une des chansons qui a fait naître les mouvements Anti-Sardou. A cette époque, énormément de concerts étaient perturbés par des manifestants et même des alertes à la bombe. Pourtant, les villes de solitude est une chanson assez prémonitoire sur le sentiment de solitude présent dans les grandes villes. La phrase qui met le feu au poudres est "J'ai envie de violer des femmes". Encore une fois, le personnage qui chante parle de cette solitude affective et de l'individualisme qui se développe dans les grandes villes.
Enfin, le temps des colonies, perçue comme une chanson raciste et colonialiste est simplement une chanson dans laquelle Sardou campe un personnage, un ancien qui a fait "les colonies" et qui, au bar du coin, raconte comment c'était, quand il tuait des panthères et avait plein de serviteurs noirs et quatre filles dans son lit. Encore une fois, un jeu d'acteur.
Un Sardou contradictoire ?
Pour moi, accuser Sardou de racisme, d'homophobie et autres, c'est comme juger un acteur pour les rôles qu'il aurait interprété. Accusons-nous Anthony Hopkins d'être un serial killer cannibale, Bruno Ganz d'être un nazi ou encore Hugh Laurie d'être désagréable et manipulateur.
Car dans sa discographie, si on accuse Sardou d'une chose, il existe une autre chanson qui permet d'affirmer le contraire.
Si vous pensez que :
Sardou est homophobe parce que vous avez écouté le Rire du Sergent, écoutez "Le privilège";
Sardou est raciste parce que vous avez écouté Le temps des colonies, écoutez Musulmanes;
Parmi les chansons très bien écrites et parlant de cas historiques, on peut également citer Vladimir Illitch, chanson dans laquelle il interpelle Lenine par un "Toi qui avait rêvé l'égalité des hommes, combien d'années faut-il pour gagner quatre sous quand on connaît le prix qu'on met dans une bombe". Je pourrais en citer plein d'autres.
Enfin, si j'ai écrit tout celà, c'est parce qu'à chaque fois que je parle de Sardou, on me sort souvent les arguments du facho, raciste, blabla. Or, on a le droit de ne pas aimer un artiste, mais l'accuser de tous les maux possibles pour justifier, non pas son intérêt mais une forme de haine n'est pas selon moi une démarche saine.