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Nouvelle : 2012... Fin de monde

Posté : lun. 9 avr. 2012 20:30
par phake
Hello
Je vais ici présenter aux lecteurs assidus, la lecture d'une nouvelle que nous avons écrite ( moi même et 4 amis ) dans le cadre d'un concours de nouvelles. Le thème donnée c'est "2012... Fin de monde" et nous avons été sélectionné parmis les 12 lauréats pour être intégrés dans un recueil de nouvelles édité à 300 exemplaires.

Voici donc la notre :


Journal d'un égaré


24 janvier 2012
Une piteuse journée, encore et encore, ils ne m’aident pas, ils m’enfoncent. Je les hais ! Pourquoi personne ne m’a laissé choisir ? Ils disaient que j’étais trop jeune. Comment peut-on être trop jeune pour choisir une famille. Pour choisir la famille qui vous élèvera toute votre vie, pour eux je n’étais qu’un gosse de six ans qui n’avait plus de parents et qu’il fallait loger.
Dix ans maintenant que je vis avec eux et rien. Ils sont là, ils me regardent grandir, ils ne disent rien. Ils m’hébergent comme un vulgaire inconnu. Ils ne m’adressent pas la parole, ils me voient comme un raté. Ils disent que je finirais comme ces hommes qui vivent sur les marches de l’immeuble. Mais ils n’ont aucune importance. Je garde espoir de réussir grâce à mes amis, surtout à Yvan, il sait ce que j’endure. Il croit en moi et je crois en lui. C’est lui qui m’a aidé à m’intégrer. On fait tout ensemble. Hier encore j’ai été chez lui, ce ne sont que de bons moments, ils paraissent inutiles et stupides, mais ils me sont indispensables.



25 janvier 2012
J’en ai marre, quand je pense que je me plains de mes jours de cours. Ils m’obligent à aller à la messe, pour mon éducation d’après eux. Comment peuvent-ils parler d’éducation alors qu’ils passent leurs journées à boire ? Ils se sont endormit pendant la messe. Ils n’ont de respect pour personne. Je n’en peux plus de sortir avec eux, à chaque fois, que ce soit au restaurant ou au cinéma, on nous met dehors parce qu’ils ont criés après le personnel ou se sont disputés.



26 janvier 2012
Enfin ! Revoir ma mère, après un mois sans elle ! J’avais vraiment besoin de la voir pour lui dire tous ce que je garde en moi pendant ces longs mois sans elle ! Pour lui dire, ce que subis avec eux. Je lui ai dit que je voulais vivre avec elle, peu importe ses problèmes. Pourquoi ne m’en parle-t-elle pas ? Est-ce si grave que ça ? Pourtant quand je la vois, tous se passe bien. Pourquoi est-ce que ça n’irait pas ?
Du moment où elle a ouvert la porte jusqu’à ce que je la referme en partant. Je me souviens de chaque détail. A aucun moment je n’ai pensé à la vie en dehors. Nous nous sommes installés dans le salon, à peine éclairé par les rayons de soleil laissés passés par les rideaux usés par le temps. Au centre, entre les deux vieux canapés râpés et délavés, un plateau d’argent, cadeau de mon père, occupait la table. Elle avait préparé deux chocolats chaud et fait des cookies comme je les aime. Nous avons d’abord bu dans le silence le plus total comme deux étrangers puis elle m’a demandé comment j’allais et à partir de ce moment je ne me suis plus arrêté de parler. Les minutes sont passées à une allure folle. Nous avons beaucoup rit quand je lui ai parlé d’Yvan et de la fois où il a été exclu de cours. Tout cela s’est fini trop vite, l’arrivée de la voix embuée par l’alcool m’a effondrée.



30 janvier 2012
Je n’ai pourtant pas l’habitude de lire les nouvelles mais celles d’aujourd’hui semblaient faire tellement de bruit. Yvan me tendit ce qui semblait être la cause d’agitation du lycée. Un journal dont le papier fragile paraissait pris de l’énervement général. Froissé, flot tumultueux, balloté de mains en mains, maltraité par la curiosité générale. Des lettres, mots entremêlés, phrases enchevêtrées et entrecoupées, articles perdus, repliés sur eux-mêmes, ignorés, brisés inconsciemment. Les paragraphes s’entrelaçaient entre les crêtes du papier déchainé, l’un clamait un exploit sportif, l’autre déplorait un accident de la route. Dans un coin, un titre parlait innocemment du pouvoir d’achat. Les articles brouillés, les pages enchainées, ne laissaient de place que pour un titre, la Une. Je m’en souviens exactement, mot pour mot : « La Révolution au pouvoir »
31 janvier 2012
Je me souviens encore de ses mots, sa voix forte et rugueuse. Des milliers de plaintes et de cris qui se diffusaient autour de lui, de ces hommes muets, comme fascinés. De tout cela il n’y avait qu’une chose qui comptait : le pouvoir, son pouvoir. La journée avait pourtant commencé de façon habituelle, le soleil arrivait même à percer la noirceur du ciel. Les adultes s’activaient pour aller travailler, les enfants couraient vers l’école, nous avions même fait un détour, Yvan et moi, pour apercevoir les bidonvilles où s’entassaient les sans-abris, les rejets de la société. Nous avons été surpris de voir que leur visage supportait un sourire, eux qui n’avaient jamais connu autre chose que la misère. On est ensuite passé aux abords de la grande place et on a alors entendu beaucoup de bruit.

Des soldats de notre propre armée se tenaient là autour de la foule mais un homme était le centre de tout : Lazarevic. Yvan, qui en avait entendu parler m’expliqua que c’était un ancien officier, et que désormais il ne faisait plus partie de l’armée. Il aurait été corrompu pour espionner les plans d’attaque durant les tensions. Moi ce que je voyais, c’était un homme fort, de grande taille, crâne rasé, son visage était strict. Sur sa joue droite une longue balafre soulignait l’inquiétante noirceur de ses yeux. Il de tenait en meneur sur les marches de l’hôtel de ville. Un élément que nous n’avions pas remarqué au début nous sauta aux yeux. Le président et quelques ministres étaient devant lui à une dizaine de marches plus bas. C’est à ce moment que Lazarevic a pris la parole, je ne me souviens pas exactement de ce qu’il disait mais le message était uniforme : il prenait le pouvoir.


6 février 2012
Après une dure semaine de cours, alors que je me trouvais dans le train pour rentrer chez moi, j’écoutais mon mp3. C’est le seul moment où j’ai pu enfin repenser aux évènements de ces derniers jours. La vision du nouveau dirigeant du pays et ses paroles me revinrent en tête. Ce que j’avais vu me bouleversait.

J’ai aperçu trois hommes, des militaires, ils étaient habillés d’un uniforme gris et portaient un pistolet à la ceinture et la matraque à la main. Cela n’augurait rien de bon. Le silence régnait dans le wagon, les voyageurs étaient impressionnés et tous se soumettaient au contrôle d’identité et de carte de transport. Il s’agissait en fait des nouveaux contrôleurs. Toutes ces personnes croyaient que ces militaires étaient en exercice pour s’entrainer en cas d’urgence. Mais à l’approche de la gare je vis la foule marcher en colonne pour quitter les quais. Dans ces yeux défilants les uns derrière les autres la peur était présente. C’est quand j’ai aperçu une dizaine de militaires armés que j’ai compris leur détresse. Dans ma tête, la thèse d’une alerte à la bombe était de plus en plus probable. Mais cela n’était pas la réalité.

Après avoir traversé le département pour rentrer dans ma famille d’accueil, le trajet m’avait presque paru plus épuisant que la semaine de cours. Ce que j’avais vu et entendu me tourmentait. Epuisé, je me suis installé dans le canapé et j’ai allumé la télé. Après avoir zappé de nombreuses chaines, je me suis arrêté sur une chaine d’informations. La journaliste annonçait que les dispositifs militaires mis en place par le gouvernement servaient à mieux protéger les populations. Ses paroles étaient claires mais elle paraissait tendue et pas convaincue par ce qu’elle disait.


7 février 2012
Cinq hommes dans la rue, habillés de gris, visage caché par un masque, marchant en parfaite synchronisation sur les puissants et répétés « Gauche ! Droite ! » du soldat de tête. Yvan ma expliqué que ces hommes en apparence soldats se dédiaient à une mission particulière. Il avait entendu dire qu’après le coup d’état, les ex hors la loi, autrefois condamnés à une vie stricte mais toutefois libre étaient désormais pourchassés et exécutés ainsi que leur famille. Le ton que prenait mon ami cherchait à me montrer que pour lui tout cela n’était que folie. Pour la première fois je n’étais pas de son avis. La peine de mort, si horrible puisse-t-elle être pour certains, est et sera toujours la solution pour ce fléau.


9 février 2012
Mes hôtes étaient à nouveau ivres dans leur salon ce matin. Je me suis mis en tête de quitter la maison, ne serait-ce que quelques heures. Jai alors pris mes affaires et j’ai quitté cette porcherie appelée maison par mes parents adoptifs, alors affalés dans leurs canapés. En marchant je suis passé devant le centre de recrutement des brigades, qui imposaient la justice. Tout s’est fait un instant dans mon esprit. Pourquoi pas moi ? Pourquoi ne pourrais-je pas faire régner la justice auprès de camarades qui partagent mes convictions ? C’était décidé, quelques instants plus tard je suis ressorti de ce bâtiment, un uniforme sous le bras.


15 février 2012
Après plus de quatre jours mes instructions sont restées les mêmes, patrouiller dans les rues afin d’y préserver la sécurité et le respect. Les gens ont peur, et c’est par la peur que débute la discipline. Demain je dois retourner au centre pour recevoir de nouveaux ordres, une mission de plus grande envergure, de mes supérieurs. L’excitation m’envahit, je pourrais bientôt servir un peu plus mon pays et ma patrie.


16 février 2012
Le grand jour est enfin arrivé je fais partie intégrante des brigades, je partirais demain avec quatre camarades faire un raid dans le repère d’un de ces vermines dont doit être débarrassé notre nation. Nous allons tuer, oui, mais tuer un de ces hors la loi, peuvent-ils être encore associé à la race humaine ? Ils ne doivent maintenant être considérés qu’en tant qu’animaux sauvages prêts à déstabiliser notre nation à tout moment. Telle est la juste définition donnée par notre instructeur.


17 février 2012
Je l’attendais, il est arrivé, ce jour qui me changerait à jamais. Comme prévu nous sommes partis, quatre de mes camarades et moi-même, en début d’après-midi. Notre marche, comme à l’accoutumée fière et imposante, n’était que plus impressionnante par notre excitation. Nos uniformes gris, comme de vulgaires soldats de la nouvelle armée, étaient à présent sublimés par un brassard rouge, à l’image du sang indigne que nous allions faire couler ? L’objectif était un homme de 49 ans, qui depuis près de 20 ans vivait dans l’un des quartiers miteux réservés aux gens de sa catégorie. Arrivés à sa porte il ne nous restait alors plus qu’une chose à faire, simple, il l’avait lui-même deviné. Il était pris de panique et a essayé de se débattre mais malgré ses efforts il ne pouvait rivaliser. Après seulement une détonation il s’effondra lourdement sur le sol. L’un de mes camarades, s’est approché du mur et d’un geste fébrile a déposé une vulgaire croix blanche. Signe distinctif peint, attirant la lumière de la pièce sur le mur sombre éclairé par l’éblouissante clarté de cette croix. La prochaine patrouille verra ce signe et pourra ainsi organiser la destruction de la maison.

Après une telle attente et une telle excitation, mes camarades et moi étions soulagés : nous avons enfin une véritable famille, la seule famille qui soit, la nation.


27 février 2012
Voilà deux semaines maintenant que je n’ai pas écris ici. Le temps m’a manqué ces derniers jours. Les interventions se succèdent. Notre tâche est éprouvante mais c’est le prix à payer pour assainir notre nation et lui rendre son éclat. Demain je revois ma mère. C’est la première fois depuis la révolution.

Je pense que désormais je n’écrirais plus dans ce carnet, ma vie est enfin assez pleine pour que je me passe de ce confident muet.



***


11h53, le numéro 45, son portail usé par la rouille gémit puis me laisse traverser la cour. Les marches du perron à peine gravies, la grande porte de bois s’ouvre à moi et sa voix éclate : « Ian ! » s’exclame-t-elle en souriant et me serrant contre elle. « Monte » dit-elle en m’accompagnant vers les escaliers. Le carrelage sous mes pieds, les portes de bois blanches, le papier peint défraichi par endroit, tant d’éléments rassurant qui me rappellent avec bonheur les jours insouciants de mon enfance. Nous nous installons calmement dans le vieux salon et j’oublie le monde extérieur.
Un fracas monumental. L’incroyable déflagration sonore du métal qui crie, violemment éclaté, subitement replié sur lui-même. Une avalanche de pas martelant le sol. Un tremblement, des courses précipitées, incontrôlables. Un craquement terrifiant. Effrayant déchirement du bois qui cède soudainement. Les courses, de nouveau, les pas, une cadence effrénée, de plus en plus proches, de plus en plus forts, amplifiant la peur, la panique. Comme une explosion. La porte de bois peint, expulsée.
Apparait un inquiétant petit groupe. Uniformes gris, mains gantées, visages masqués, casquettes unies. Armes tendues en avant, prêtes à cracher la mort.
Une détonation. Un choc sourd. Ces yeux maternels tant de fois pleins de joie, maintenant vides, fixés sur le carrelage froid. Je lève un regard horrifié sur le bourreau. Une statue impassible, créant la peur, la mort, l’horreur. Les sentiments semblent ne pouvoir s’infiltrer dans le marbre. Le fin canon me désigne désormais.
Derrière, dans l’ombre, une silhouette lève son pinceau, la marque sur le mur achevée.





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Re: Nouvelle : 2012... Fin de monde

Posté : lun. 9 avr. 2012 20:43
par sue
t'es un cachotier toi! tu ne m'avais pas envoyé tous les paragraphes... mdr
mais jtrouve ca très bien!

Re: Nouvelle : 2012... Fin de monde

Posté : lun. 9 avr. 2012 20:44
par phake
Ben ya eu des modifs hein jt'avais prevenu ;)

Re: Nouvelle : 2012... Fin de monde

Posté : lun. 9 avr. 2012 21:03
par 2StormHeart
Wow, je suis impressioné ! C'est vraiment bien, simple, efficace :)
J'aime beaucoup le style de la fin, on sent la folie du moment, l'incomprehension du personnage ...

Re: Nouvelle : 2012... Fin de monde

Posté : lun. 9 avr. 2012 22:17
par The White Wolf
C'est good.

Je trouve ça très bien moi aussi =)