Après je suis d'accord, c'est clair, quand tu es pas en grande forme, tu seras jamais à 300% et ca sera jamais ta meilleure performance et tes meilleurs souvenirs. Tu fais ton taf point, pas vraiment de magie là dedans. Mais ca suffit à combler 95% des gens, y'a que ceux qui te connaissent par coeur qui vont sentir la différence.
Mais, je plussoie quand tu arrives à 300% de tes moyens, c'est quand même le pied. Même si ca fait pas tout. Y'a toi et ces moments de grâce où tu te retrouves à faire des trucs que tu ne soupçonnais même pas. Y'a tes partenaires et leurs propres moments de grâce qui vont te porter, te transcender et avec qui y'aura une telle osmose que tu n'as même plus besoin de parler pour te comprendre et pour créer ensemble. Il lance un truc, tu rebondis, pim pam poum et ca fait des étincelles. Et puis y'a le public chaque fois différent. Et quand t'as le tout, c'est juste ouaouw ! Indescriptible.
Ce qui fait que par exemple sur cette pièce que j'ai joué 70 fois, j'ai jamais eu l'impression que c'était l'usine ou d'entrer dans une routine ou dans des automatismes. Certains rôles étaient doublés, donc je ne jouais pas toujours avec la même équipe. J'avais la chance de faire un peu d'impro à côté et du coup une de mes scènes n'était pas écrites et était toujours improvisée. Pire, comme j'étais celle qui l'accueillait et qui le faisait patienter jusqu'à ce que tous les groupes soient arrivés, je passais une demi-heure seule avec le public à improviser et jouait avec eux. Et comme la pièce est au milieu même du public, avec des spectateurs assis à 5cm de toi, qu'on fait participer donc forcément et qui vivent avec nous au coeur même de l'histoire, c'était quasiment impossible de vivre deux soirs la même aventure.
Je ne sais pas exactement ce qu'être bon au théatre m'apporterait dans mon approche des concerts et de la musique, mais j'ai tendance à penser que ça ne m'aiderait pas. Pour donner mon meilleur en musique, je dois me poser pour ressentir les choses (même en rock bourrin), être moi-même. Et quand je ne suis pas à mon meilleur, ce qui arrive pour raison x ou y, je ne peux pas m'y forcer.
Ca dépend des "écoles", des "courants" au niveau du théâtre. Dans l'actors studio, tu vis des émotions vraies, tu triches pas, donc forcément t'es obligé de ressentir les choses et y'a une part de toi en jeu même si elle sert un personnage autre que toi. Si tu pleures, tu fais pas semblant de pleurer, tu pleures, ca te submerge, tu trembles, les larmes coulent et il va te falloir quelques minutes pour faire redescendre l'émotion. Après c'est un personnage, quand c'est fini, c'est fini. Tu vas pas rester dépressif après une pièce dramatique heureusement
Mais on se sert beaucoup de la musique au niveau des exercices pour justement "ressentir".
Et là, euh, tu peux pas t'obliger à pleurer, soit ca vient, soit ca vient pas. Mais c'est aussi là que tu vas colorer tes performances suivant ton état d'esprit. Alors oui des fois quand tu es fatigué, ca ressemble plus à de la survie tant tu percutes plus rien et tu te contentes de faire le minimum syndical en attendant que ca passe, tu subis (avec 40 de fièvre, tu subis lool). C'est souvent des mauvais souvenirs, ca reste pas dans les annales, mais d'un point de vue du public, c'est pas totalement merdique lol. Parfois au contraire quand j'ai pas assez dormi, je suis une vraie pile électrique, je suis "sur les nerfs", et ca va colorer mon jeu, le rendre plus nerveux, plus sec, j'attaque, j'attaque, j'attaque encore et encore à chaque réplique. Parfois, si je suis vraiment crevée, je vais être à fleur de peau, partir au quart de tour alors que je suis quelqu'un de très calme et posé, avoir envie de pleurer pour un rien alors que je pleure jamais et je vais alors me servir de cette sensibilité accrue pour colorer mon jeu. Si tu es limité dans certains de tes mouvements ou de tes appuis pour une raison x ou y, tu vas en inventer découvrir d'autres instinctivement qui parfois seront meilleurs. Maintenant si je peux éviter et arriver en pleine possession de mes moyens, y'a pas photo :p
C'est comme le trac, je suis d'ailleurs toujours morte de trac, soit tu le subis, soit tu le transcendes.
Bon va falloir attendre un certain nombre d'années avant que je sache si théâtre et musique se rapprochent sur scène, et encore faut que j'ose un jour monter sur scène avec une guitare looool.

Y'a forcément des choses pas si différentes que ca. L'écoute de l'autre par exemple. Ce soir j'ai eu la chance d'avoir un cours particulier pour mon cours de guitare avec mon prof heureusement fort chevelu qui s'arrache les cheveux avec notre groupe (et la différence de niveau qui s'accentue de cours en cours). Frustré qu'il était de pas pouvoir me montrer plus de trucs, il s'en est donné à coeur joie ce soir :p On a fini en jouant ensemble un des anciens morceaux où je suis donc assez à l'aise techniquement pour pas juste ramer.
Ca a été trop bon ! Et j'ai retrouvé la même synergie qu'au théâtre quand tu te "trouves" avec un autre acteur, que t'as le même feeling, et que tu rebondis sur ce qu'il fait. Pour une fois il ne nous accompagnait pas pour juste faire "le métronome mélodique", et être la en soutien pour rattrapper le coup quitte à annoncer même les temps ou les accords à voix haute. Il jouait et improviser sur la mélodie. Et au fur et à mesure, on s'est calé, au feeling, mes notes n'étaient plus juste des temps à marquer, elles restaient les mêmes, mais prenaient la coloration blues, les accents de ce qu'il jouait et ca devenait un moment partagé. Franchement cool !
Et pour pas être HS, d'ailleurs, je pense que ce que j'aime chez 30STM, ce n'est pas la musique, ou les paroles, mais ce que je retrouve du jeu théâtral chez Leto : les émotions, les silences. Ca me parle, mais ca ne parle certainement pas à tout le monde ainsi. Pour ca que les goûts et les couleurs...