C'est la même tambouille en photographie (mon métier). Avant, pour être photographe, il fallait un diplôme (accès à la profession supprimé en 2003) et du matériel onéreux et du savoir faire. Aujourd'hui, tu as un reflex à 350 euros, tu fais 1000 photos pour un "shooting" comme ils disent, tu en sélectionne 20 avec un logiciel que tu as piraté (alors que les photographes doivent l'acheter) et tu les graves sur un CD-R le tout sur l'ordinateur de salon. C'est ainsi que tu vois des Kevin Photographe ou des Brenda Photographie faire leur pub sur Facebook.clemvet44 a écrit :Avant, le simple fait de pouvoir faire presser son disque était gage de qualité. Aujourd’hui, Pierre Paul Jacques et Kévin peuvent beugler dans la chambre de l’un d’entre eux, graver le tout, imprimer un visuel que ‘la meuf à Jeff’ aura dessiné sur Photoshop et vendre leur « nouvel album » avec le teaser youtube qui va avec. Oui mais. Le problème : des Pierre Paul Jacques et Kévin, il y en a des milliers, et ils ont maintenant TOUS accès à l’enregistrement, la communication de masse, bref, à un semblant de professionnalisme. Comme Bertrand et son accordéon (il fait du death-musette), comme Laura la grande chanteuse dont personne ne voit le talent, comme Yoann le nouveau Jimi Hendrix freelance. Et il est donc aujourd’hui, contrairement à avant, impossible de distinguer LES bons, les John Paul George et Ringo qui ont réellement une chance.
Et ca marche du tonerre, tout ce qu'ils photographient est mignon ! C'est cucul la praline à mort (le bébé avec les ailes d'ange achetées 3 euros chez Action et l'ado aux cheveux rouges, lunettes Buddy Holly, piercings dans le nez et maquillage au pochoir) et roule ma poule.
C'est un autre drame de nos sociétés, c'est l'impression que tout est gratuit. La photo, c'est gratuit, on paie plus les films ni le développement. Le téléphone est gratuit, pour 29,99 par mois, tu as Internet, télé et téléphone illimités... On te fait croire que tout est gratuit, libre... Faut pas s'étonner que les gens râlent quand il faut payer.clemvet44 a écrit :Alors on fait ce qu’on a appelé des « tremplins », et on prend les moins mauvais. J’ai été jury une fois, et je connais pas mal de membres du jury de ce genre de grand-messe de la musique du terroir. Les ¾ du temps ça se résume à prendre qui joue/chante le moins faux et avec un minimum de fausse prestance Made In Ado Gâté-maman-trouve-que-c’est-très-bien-tes-chansons-mon-chéri. Ensuite on les fait jouer pour rien sur les scènes où, avant, on PAYAIT des premières parties. Et pas des clopinettes. Mon père a vécu exclusivement de ça, et fort bien, pendant des années.
Nous les photographes, c'est pareil. On nous propose sans cesse de faire des travaux gratuits mais en contre-partie, on va dire que c'est de toi, que ca te fera une pub gigantesque... Mon c... oui ! On te demande d'investir de ta poche (car la photo coute de l'argent, le matériel, les cadres, les impressions) en te payant... avec rien !
Parlons des photographes vu que c'est mon métier. Les photos de concert, à l'époque de la photo sur film étaient un bon moyen de gagner sa vie. Depuis l'arrivée des photos numériques, tu te retrouves avec des tonnes de photos d'amateurs et tu as même des organisateurs qui vendent les pass "frontstage" et tous ces amateurs sont prêts à donner les photos à leur groupe qu'ils idolâtrent pour avoir leur nom sur le site officiel du groupe.clemvet44 a écrit :Aujourd’hui on appâte, on écoute les mouches qui sont venues se coller par milliers au grossier papier collant qu’on a déroulé, on les utilise pour 0 franc 5 bières et un pass ‘artiste’ gratuit, puis on les jette, et l’année suivante on recommence avec d’autres. Si on se sent un peu coupable, on peut éventuellement donner 2-3 contacts pour jeter un peu plus de poudre aux yeux, lesquels contacts s’empresseront de faire la même chose.Le même raisonnement s’applique aux freelances Internet, avec d’autres acteurs, d’autres biais, un autre plafond de verre.
Donc, on doit gagner sa vie en vendant des photos alors que des gens les donnent gratuitement. Mais il y a pire. Mes photos se sont un jour (en 2005) retrouvées sur le site internet officiel d'un groupe de musique (sans rien me payer ni même demander d'autorisation). J'envoie un mail à leur manager en lui demandant au moins de me créditer... Je reçois en réponse un mail de leur manager me demandant, avec menaces de poursuites, de retirer les photos du groupe de mon site (à l'époque, page Myspace) car j'utilise l'image du groupe pour ma promotion personelle...
Légalement, je suis dans mon droit. Je suis photographe, j'avais les pass pour le concert, je suis l'auteur des clichés, j'ai le droit de les publier sur mon site. Mais voila, tu crois qu'un photographe va prendre le risque d'affronter les avocats d'une maison de disques ? Non !
Si malgré tout, tu ouvres ta gueule, on te répond clairement que tu seras blacklisté... En gros, bosse gratuitement ou on t’empêchera de bosser...
C'est pas de la caricature ! Dans la photo, tu as des tonnes d'offre d'emploi de sociétés qui te proposent de devenir photographe salarié. Tu es payé au Smic mais tu dois te déplacer par tes propres moyens et utiliser ton matériel personnel (ordinateur, appareil, objectif, éclairages). Tu fais miroiter à des jeunes qu'ils vont "vivre de leur passion". Ca permet surtout au patron de la société de rouler en Panamera en engageant des "petits jeunes" payés au lance pierres et le pire, ce même patron bénéficie des aides de l'état pour embaucher ces gens.clemvet44 a écrit :On exploite les musiciens d’aujourd’hui, talentueux ou pas là n’est absolument pas la question, j'ai caricaturé pour rire un peu. C’est tellement facile de les enfoncer dans leurs rêves jusqu’à la bandoulière de leur guitare préférée.
On te fait rêver, mais au final, tu bouffes des raviolis.
Et la société les a formatés pour qu'ils défendent cette société qui les exploite... Quand tu deviens "pro", que ce soit musicien ou photographe, tu es très vite qualifié de "vendu", que tu fais du "commercial". J'ai proposé ici un ampli, donné à l'essai aux membres du forum, avec les plans, le tutoriel de montage en précisant qu'il ne serait pas à vendre et que le but était d'inciter les gens à se lancer dans l'étude de l'électronique. Je n'ai pourtant pas échappé à la question du "tu espères en vendre combien ?".clemvet44 a écrit :Et nous voilà entrés de plain-pied dans l’ère des artistes du dimanche.
Et on ajoute le fait que ca va "couter moins cher"... et là, les gens sont super contents, mais ce que tu ne paies pas tout de suite... tu le paies plus tard... plus intérêts !
On met en avant des idéaux d'intégrité, la finalité, c'est une personne qui se fait un max de fric sur le dos des artistes et du public.
Je dirai pas son nom très connu, mais il y a quelques mois, un musicien très connu m'a demandé si je n'avais pas de contacts pour lui vendre une de ses guitares car... Le loyer plus la rentrée scolaire des gosses... Y'a un fric monstre qui est généré mais la répartition du fric fait défaut.clemvet44 a écrit :Pourquoi pas ? Après l’indie, l’amateur, label indépendant poussé à l’extrême. Je ne dénigre absolument pas, c’est un créneau nécessaire à la création musicale. Mais ne nous mentons pas, attendre de cette nouvelle vague l’intensité « 8 days a week » des professionnels est un leurre.
Mais pas que... La musique est en crise car pendant longtemps, elle a été une poule aux oeufs d'or. Les gens avaient des moyens d'aller aux concerts et d'acheter les disques et des sangsues tournaient autour pour profiter un max de la rentabilité des groupes. Mais voila, internet, le téléchargement arrive et la poule aux oeufs d'or ne pond plus... On la tue pour la bouffer voyons !clemvet44 a écrit :On peut se voiler la face, on peut chercher des coupables à tous les coins de rues.Les musiciens ne vivent plus, parce qu'aujourd'hui n'importe qui peut s'autoproclamer musicien professionnel, enregistrer son album dans sa chambre, se monter le bourrichon avec la communication web et aller faire la première partie de concerts parfois de premier plan.
Les artistes sont les victimes de ce mode de gestion, c'est pareil que le patron de multinationale qui vire les employés français sous prétexte que les chinois le font 15 fois moins cher. Y'a moins de pognon à se faire, donc on sauve son cul et peu importe l'éthique.
Tu as 23 ans, mais ceux de mon âge ont connu une révolution : Le digital.clemvet44 a écrit :Le problème c'est ça, et c'est bien plus difficile à admettre.
Ca, et la lenteur des majors et de la SACEM à prendre le virage de la modernité.
Pendant des années, le système a changé, mais c'était de l'évolution. On est passé du film 120 au 135, du vinyle au CD, etc... Mais le numérique a changé la donne et les sociétés ont voulu ou espéré conserver le système ancien qui fonctionnait bien... Sans succès !
Ajoute à cela comme tu le dis, tous ceux qui "rêvent" et qui se prennent une petite part du gâteau en plus de la gourmandise de certains... reste plus rien grand chose.
Conclusion : On est dans la merde et pas prêts d'en sortir !
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Edit : J'ajoute ceci : La "crise" du disque, la société l'adore.
De tous temps, ce sont des artistes qui ont risqué gros pour provoquer et faire avancer les mentalités. Si aujourd'hui, tu as de l'anti-racisme, de l'anti-homophobie, que le sexisme est réprimé et que tu as une liberté sexuelle et d'expression, c'est grâce aux artistes qui en leur temps ont provoqué l'establishment.
Avec la crise du disque, on ne prend plus de risque de choquer, faut du lisse, du politiquement correct ou de la provoc à contre-temps.





